Deux mois. Cela faisait deux mois que Koyuki avait quitté l'Académie. Deux mois qu'elle errait à travers la Terre de la Neige. Deux mois qu'elle souffrait. Deux mois qu'elle rêvait d'un quelconque morceau de viande séchée. Et surtout, quelle que soit la ville où elle se trouvait, deux mois qu'elle recevait les lettres de ce mystérieux «The Crow».

  Ce soir là, il neigeait, on pourrait même dire que c'était une importante tempête, et la jeune Elfe tombait de fatigue. Ces réserves naturelles étaient épuisées et avancer la faisait souffrir. Sa vue se brouillait peu à peu et continuer devenait difficile. Mais elle ne lâchait pas prise. Elle ne pouvait pas; la ville la plus proche n'était plus qu'à une journée et abandonner maintenant aurait été trop simple. Pour une question d'honneur, cela lui était impossible, car pour elle, tueuse à gages, «Black Swan» -comme elle se faisait nommer-, l'honneur était tout ce qui lui restait. Elle continua donc. Même si c'était un martyre. Même si, à cet instant là, elle ne souhaitait que de tomber une bonne fois pour toutes dans la neige et de se laisser mourir à petit feu.  

  Tout juste une journée. Voilà combien de temps elle réussit à tenir. C'est à cent mètres de la ville qu'elle tomba. Koyuki s'écroula de tout son être par terre et sombra. Tout était noir autour de la belle et la seule chose qu'elle entendit fut prononcer par une voix doucement familière:

«-Tiens bon, princesse...»

 *

                                                                                  *      *

    «-Dépêchez-vous de me lever cette ancre, bande d'incapables! ordonna la belle pirate.

-Bien, capitaine Oriyme!»

Un sourire de satisfaction se dessina sur le visage de l'Elfe des forêts. Capitaine. C'était classe tout de même! Mais l'heure n'était pas à la rêverie. Ils devaient échapper aux gardes royaux ou ils allaient passer un sale quart d'heure. Des bras vinrent enlacer le corps de la jeune femme.

«-Et bien, capitaine, si tu te détendais un peu? souffla une voix suave dans la nuque du capitaine.

-Pas maintenant, Phobos, et puis tu sais très bien que je ne cèderai pas avant un certain temps à tes pensées tordues, mon amour. Déployez les voiles, hurla-t-elle à son équipage.»

Enfin, ils étaient enfin à l'abri des mercenaires du roi. Oriyme se tourna vers son bel amant au cheveux blancs et l'embrassa tendrement sur le bout des lèvres.

«-Désolé beau blanc, mais c'est tout ce que tu auras pour l'instant! Tu n'auras pas le reste avant que l'on soit mariés!

-Marions-nous alors!

-Je t'arrête tout de suite darling, le coupa froidement la pirate, sais-tu pourquoi je ne suis pas tranquillement chez moi? Pourquoi je suis sur ce navire? Pour échapper au mariage. Alors c'est pas demain la veille que je me marierai, même avec toi, mon tendre vampire.»

Puis elle se dirigea vers sa cabine, laissant seul le beau vampire.

 

   «-Raaah, ces maudites cartes sont bourrées d'erreurs, ragea Oriyme. Lazare nous a bien eus, tiens! La prochaine fois que je le vois, je lui tranche la gorge!»

La belle pirate s'énervait sous les yeux amusés de Phobos, qui se divertissait de cette scène relativement comique.

«-Calme toi ma belle, dit-il de sa voix de Don Juan, tu n'as qu'à aller toujours vers le Nord et puis voilà!

-Phobos, sais-tu que tout au Nord, il y a le Paradis? Je n'ai pas très envie de mettre les pieds là-bas avant ma mort, mon amour.»

Phobos allait répliquer mais des bruits sur le pont le devancèrent. Les deux amants se dévisagèrent puis allèrent voir ce qui se passait.

 

   Panique. C'était le mot qui convenait le mieux pour décrire l'état de l'équipage. Des Trolls et des Orques les avaient abordés et les pirates avaient beau être forts et habiles, ils ne pouvaient rien faire. Une main puissante vint saisir Oriyme à la gorge et la projeta dans la cave du navire ennemi.